
Exposition, Une part de bonheur Kathleen Missud : La Bonne vie
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**Une part de bonheur** **Kathleen Missud : La Bonne vie**
Les albums de famille constituent une forme de récit à la fois intime et universel. Leur univers visuel, leur humour, les scènes qu’ils renferment et leur atmosphère nostalgique éveillent en chacun de nous des émotions familières. C’est sans doute pour cette raison que Kathleen Missud est fascinée depuis l’enfance par les photographies anciennes et les archives. Elle voit dans la photographie un moyen de transmission des récits et de la mémoire. La figure centrale de la série La Bonne Vie est André, le grand-père maternel de la photographe. Né en 1945 dans un village près de Limoges, il grandit dans une famille modeste de meuniers. Dans ce foyer de huit personnes, un seul salaire devait faire vivre toute la famille, ce qui ne laissait guère de place aux voyages ni même aux festivités. Il ne découvre la montagne qu’à l’occasion d’un voyage scolaire, et la mer seulement l’année de son baccalauréat. Adolescent, il entreprend sa première véritable aventure se rendant au Mont-Dore à mobylette, avant de partir l’année suivante vers La Rochelle. Depuis lors, ce désir constant de découverte ne l’a jamais quitté. Kathleen Missud doit en grande partie à son grand-père sa vocation de photographe. À l’âge de trois ans, il lui offre son premier appareil photo, un jouet, puis, à seize ans, son premier véritable appareil Zenit 35 mm. C’est également lui qui lui a transmis le goût du voyage et de l’aventure. En 2023, la photographe découvre dans les archives de son grand-père une série de diapositives montrant des scènes de voyages, de vacances et de moments de complicité entre amis. À partir de ces images, Kathleen Missud compose cette série qui peut également être lue comme un dialogue entre un grand-père et sa petite-fille. Ces images révèlent une personnalité aventurière et singulière, animée par un besoin constant de découvrir de nouveaux lieux, et dont la joie de vivre imprègne toute la série. Bricoleur et pêcheur, collectionneur de motos, de voitures, de couteaux, de montres et d’appareils photo, André est également champion de France de course de tracteurs-tondeuses en 1988 et photographe amateur passionné. Ses photographies débordent de joie ludique, de liberté, de fraîcheur et d’humour, laissant également transparaître une certaine naïveté et une discrète malice. Elles nous entraînent dans un univers lumineux où le hasard fait souvent naître des situations inattendues, parfois absurdes. Les gestes, les postures et les attitudes deviennent les traces d’une autre époque, où la photographie n’était pas encore un outil d’autoreprésentation, mais avant tout une manière spontanée de saisir l’instant. La Bonne Vie désigne moins un concept qu’une sensation : un sentiment de satisfaction nourri par les petits plaisirs du quotidien et les moments d’insouciance. Dans cette série, ces atmosphères légères et joyeuses se créent fréquemment autour des repas partagés entre amis ou en famille. La nourriture y apparaît comme un motif récurrent et symbolise le plaisir, le partage, la convivialité, ainsi que le soin porté aux autres. Les images de cet album peuvent également évoquer les photographies familiales de l’époque socialiste en Europe centrale et orientale : sans masquer la modestie des conditions matérielles, elles célèbrent la spontanéité et les joies ordinaires du quotidien. Les repas collectifs, les grillades improvisées ou les soupes de poisson cuites au chaudron rappellent les instants heureux des vacances au bord du lac Balaton ou du Danube, où peu de choses suffisaient encore au bonheur.
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